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Retraites

LE 8 février PAR Benoît Hamon, Henri Emmanuelli - 13 COMMENTAIRES

Retraites : le choix de la solidarité

Retraites : le choix de la solidarité En France, la retraite tend à n’être plus considérée comme un nouvel âge de la vie libéré du travail, mais comme une entrée en précarité. Avec une constance et une pugnacité exemplaires, la droite et le MEDEF mettent en scène cette dramatisation qui engendre chez les salariés, notamment chez les plus jeunes, un manque de confiance grandissant envers notre système de retraite par répartition. Un système auquel les mêmes salariés se déclarent pourtant fortement attachés, comme d’ailleurs à toutes les autres formes de solidarité.

La rengaine selon laquelle il n’y aurait qu’une « solution de bon sens » et une seule, à savoir que « chaque salarié mette la main à la poche », fait son chemin. Elle n’est pas sans rappeler le funeste « there is not alternative » de Margaret Thatcher des années 80. Pour faire bonne mesure, on accuse de dogmatisme ceux qui osent encore prétendre que l’on peut pérenniser la retraite par répartition et conserver à 60 ans l’âge légal du départ en retraite. Malhonnêteté intellectuelle, qui consiste à mettre un point final à tout débat par un mot détourné de son sens — ici « dogme ». Car en matière de retraite, il ne s’agit pas de dogme mais d’un choix de société. Pour la gauche, pour le camp du progrès, la retraite est un nouvel âge de la vie, qui doit être émancipateur et non synonyme de précarité. Pour que toutes et tous puissent la vivre ainsi, elle ne peut donc être envisagée qu’à travers un système solidaire. Et au xxie siècle, dans le monde tel qu’il est, cette solidarité est possible. À condition – et c’est là que le bât blesse - de redistribuer autrement les richesses. C’est, répétons-le, un choix de société, un choix politique fondamental, à l’opposé de celui de la droite et du MEDEF dont l’objectif est de baisser le montant des retraites pour remettre en cause le système par répartition, comme préconisé par le FMI dès les années 90. Par le biais de la peur, le gouvernement incite donc les salariés à accepter des réformes qui les conduiront à souscrire des fonds de pension et à alimenter ce faisant la financiarisation de l’économie, dont ils seront, comme on vient de le vivre, les principales victimes.

Il n’y a là aucune surprise. Tout cela était déjà clairement exposé dans le programme du candidat Sarkozy. La crise a pourtant discrédité le système par capitalisation que la droite voulait introduire dans notre pays. Quant aux réformes Balladur (1993) et Fillon (2003) qui ont allongé la durée des cotisations et aligné, au nom de l’égalité, le système de retraite des fonctionnaires sur celui du privé, certains « pragmatiques de gauche » les trouvait opportunes. Elles ont lamentablement échoué. Un million de retraités vivent actuellement sous le seuil de pauvreté. La moitié des retraités français qui prennent aujourd’hui leur retraite perçoivent moins de 1000 € par mois. 600 000 personnes touchent le minimum vieillesse qui s’élève à 677€ mensuels. Avec 40% d’écart dans le montant des pensions, l’inégalité entre les hommes et les femmes est toujours aussi criante.

Quant au taux d’activité des seniors, que prétendait régler la réforme Fillon, il demeure en France le plus faible d’Europe — 38,1% contre 70% en Norvège par exemple. Ainsi, tant dans le privé que dans le public, 60% des personnes qui liquident leur retraite à 60 ans sont inactives. Telle est la réalité : en France aujourd’hui, l’âge réel de la cessation d’emploi est de 58 ans. Non par choix des salariés, mais parce que les entreprises se détournent des seniors au prétexte qu’ils seraient moins productifs — au prétexte surtout qu’ils coûtent plus cher qu’un jeune. Allonger la durée de cotisation, notamment en temps de crise et de chômage, aggraverait donc la baisse du taux de remplacement (niveau des pensions) et la précarité des retraités.

Pour peu que l’on accepte d’en débattre dans le camp du progrès, d’autres solutions sont possibles qui tiennent compte de l’évolution démographique et de l’espérance de vie, mais sans en faire des alibis de la destruction de notre système par répartition. D’autant qu’en la matière, les prévisions se sont avérées aléatoires. Ainsi le Conseil d’Orientation des retraites (COR) qui avait établi des projections à l’horizon 2040 les a révisées en 2007, compte tenu de l’évolution démographique favorable de notre pays. S’il ne faut pas bannir les projections, il convient de les manier avec prudence et surtout de ne pas occulter un facteur essentiel à tout débat sur les retraites : les ressources. Or certaines d’entre elles sont soigneusement écartées des discussions. Ainsi de l’augmentation des salaires et du chômage qui pèse lourdement sur le financement des régimes de retraite : un point de masse salariale globale correspond à 2 milliards de recettes supplémentaires pour le régime général. L’amélioration de l’emploi et l’augmentation des salaires, adossés à une politique économique qui relance le pouvoir d’achat et impulse les investissements porteurs d’avenir, seraient d’importants générateurs de ressources.

De la même façon, il faut prioritairement élargir l’assiette des prélèvements et taxer les revenus financiers.

Enfin, une autre piste nous semble intéressante à explorer. Selon les prévisions les plus pessimistes du COR (celles de 2003), une augmentation de 0,37% par an des cotisations sociales (à répartir entre cotisations salariales et patronales) à l’horizon 2040, permettrait d’équilibrer le système sans réduire le taux de remplacement ni allonger la durée de cotisation. D’après un sondage IPSOS, les Français sont prêts à cotiser plus, plutôt que de travailler plus longtemps. Aux opposants à cette piste qui ressassent que cela induirait une augmentation du coût du travail préjudiciable à l’emploi, on peut aisément rétorquer qu’il n’existe aucun lien macroéconomique avéré entre le coût du travail et l’emploi.

Si toutefois la hausse des cotisations retraites était de nature à peser sur la santé des PME, il est possible d’en atténuer les effets. D’une part à travers une réforme des cotisations patronales, assise sur la valeur ajoutée, afin de favoriser l’emploi dans les PME riches en main d’œuvre. D’autre part à travers une réforme de l’impôt sur les sociétés modulée pour alléger l’impôt des PME — en fixant un taux majoré applicable aux bénéfices distribués aux actionnaires, et un taux minoré pour les bénéfices réinvestis.

Seule une véritable volonté politique qui ose lever le tabou de la répartition des richesses peut prétendre pérenniser le système par répartition. Le débat sur les retraites est un débat entre deux modèles de société. Celui de la droite et du Medef face à celui du camp du progrès. La gauche ne doit jamais l’oublier.

13 commentaires :

  • forum
    Hello dit :
    17 avril à 18:11

    Le Rapport du COR, cinema de branquignol

    N’importe quoi pour desinformer et faire le jeu du MEDEF.Le rapport du COR n’integre meme pas les reserves et produits financiers de reserves de l’AGIRC-ARRCO, CNAV et FRR qui represente 300 Milliards en 2010 (apres les pertes abyssales du a la speculation) et qui deviennent 3000 Milliards en valeur 2050 avec un taux de placement et composition d’interet sur 40 ans a 6 %. C’est ecrit dans le rapport : "Les comptes des régimes sont limités au solde technique, c’est-à-dire à la différence entre la masse des cotisations et la masse des prestations. Ne sont notamment pas pris en compte, pour cet exercice d’actualisation, contrairement aux données de la Commission des comptes de la sécurité sociale, les transferts de compensation entre les régimes de retraite, dont la projection aurait supposé de disposer de données détaillées de tous les régimes participant à ces transferts, ainsi que les dépenses de gestion et d’action sociale, les flux financiers divers et les produits financiers des réserves." Quant aux pertes de speculation le rapport de janvier 2010 est tres discret sur les emprunts grecs a la pelle dans les reserves et les pertes du FRR sur marches actions : " Les régimes de retraite complémentaire déficitaires à leur tour. Les régimes de retraite complémentaire ont atteint leurs excédents les plus élevés en 2005 et 2006. Ceux-ci étaient encore substantiels en 2007 même s’ils commençaient de diminuer avec l’augmentation du nombre des départs à la retraite. Les deux régimes principaux,l’ARRCO et l’AGIRC, qui dégageaient encore un excédent global de 5,3 Md€ en 2007, sont brutalement devenus déficitaires en 2008 (-1,3 Md€ au total) en raison de la crise financière qui leur a imposé de passer d’importantes provisions pour moins-values sur leurs placements en actions (4,1 Md€ au total). Ils subissent à présent les effets de la récession, qui réduit leurs recettes en 2009-2010. L’ensemble ARRCO-AGIRC serait déficitaire de 1,1 Md€ en 2009 et de 3,4 Md€ en 2010." Et qui gére les reserves AGIRC-ARRCO ? Guillaume Sarkozy, frére du Président, qui s’est pris en bouillon en speculant avec 65 % des reserves en bourses et sur les emprunts grecs. pfffff

  • forum
    12 février à 11:34

    En préalable à tout débat sur la réfome des retraites est systématiquement avancé le constat démographique avec son corollaire qui tue : "avec l’espérance de vie qui augmente on ne pourra pas faire autrement que d’augmenter le temps d’activité". Mais d’autres constats ont été faits notamment par le Conseil Economique et Social qui montre que l’écart d’espérance de vie entre un ouvrier et un cadre continue d’augmenter. Cette approche permettrait de recentrer le débat des retraites sur nos valeurs de justice sociale, de pénibilité, etc...

  • forum
    9 février à 21:45

    Une analyse et une parole claire qui devraient etre portées dans tous les médias. il faut faire entendre qu’une autre voie est possible dans ce concert assourdissant de "la seule solution = l’allongement de cotisations" qu’on nous fait subir à longueur de journée. La ficelle est pourtant grosse derriere cette litanie (travailler soi-disant plus, culpabilisation des salariés, diminution des pensions retraites, individualisation, privatisation de la manne des cotisations, profits toujours plus grands des actionnaires...)

    Bravo et portez haut cette reflexion au nom du PS qu’il nous faut

  • forum
    martin andré dit :
    9 février à 20:53

    " Nous sommes des syndicalistes, des salariés, des économistes, des sociologues, des retraités. Les retraites et le chômage concernent toutes les générations. La désinformation permanente sur ces deux dossiers, volontaire ou involontaire, est dangereuse pour notre démocratie. Ensemble nous souhaitons ouvrir une brèche dans ce mur de la désinformation.

    Le chômage de masse, la précarité, le déficit des retraites, de la santé, du budget de l’Etat, ne sont que les multiples symptômes d’une même maladie. Celle de l’explosion des inégalités au cours des 30 dernières années, suite aux dérégulations qui ont laissé le champ libre à la goinfrerie sans bornes des dirigeants des grands groupes financiers et de leurs principaux actionnaires..." - Lire la suite de cet Appel sur http://www.reporterre.net/spip.php?...

  • forum
    paul00500500001 dit :
    9 février à 16:37

    Aujourd’hui, la loi exige 41 ans à temps complet et sans interruption pour bénéficier du taux maximum de retraite.

    Augmenter cette durée ne signifiera pas un départ en retraite plus tardif car rester au delà de 65 ans ne sera pas du goût des employeurs et est soumis à autorisation spéciale dans la fonction publique. Augmenter cette durée entrainera mécaniquement une diminution du montant des retraites.

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