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Justice / Sécurité

LE 16 décembre 2010 PAR Damien Loup (pseudonyme) - 0 COMMENTAIRES

Permis de mentir

Permis de mentir Sans déclaration préalable mais avec tambours et trompettes, quelques policiers de Seine St Denis ont cru bon de venir manifester sous les murs du palais de Justice de Bobigny pour signifier leur indignation après la condamnation de sept de leurs collègues à des peines de prison ferme pour violences volontaires et faux en écriture publique. Cette réaction pourrait recueillir notre compréhension si elle était motivée par la protestation de l’innocence. Pourtant, jamais, chez les manifestants, la culpabilité des intéressés ne fut remise en cause. Certes, certains syndicats de policiers sont apparus soudain prompts à réclamer pour leurs adhérents cette répression proportionnée qu’ils refusent mordicus de voir appliquer aux « délinquants » ordinaires, ne manquant pas une occasion de conspuer le supposé laxisme de la Justice à leur égard. Mais comment considérer que cette décision soit effectivement démesurée lorsque les faits pour lesquels ces fonctionnaires comparaissaient auraient dû, correctement qualifiés, les conduire devant la Cour d’assises ?

Dès lors, que faut il retenir de cette incapacité chronique d’une certaine police à admettre le principe même d’une mise en cause judiciaire ? Quel degré d’inquiétude pour l’état de notre démocratie devons nous manifester, quand cette surdité est non seulement couverte, mais bien plus encore relayée au plus haut niveau du Gouvernement – sans même évoquer la soumission inconditionnelle du Procureur de la République à la logique policière ?

S’inscrivant dans une politique de dénigrement généralisée des décisions de Justice dès lors qu’elles s’écartent un tant soit peu de la politique pénale sécuritaire menée depuis plus de dix ans, la manifestation de vendredi dernier témoigne de l’existence d’une force politique refusant d’admettre l’idée même d’autorité judiciaire et, derrière elle, celle d’Etat de Droit.

Que trahit cette prétention à l’impunité de l’action policière au prétexte de l’âpreté de ses missions, sinon l’incapacité, directement héritée de l’ancien régime, à admettre un système répressif fondé sur la légalité républicaine ? Que trahit, réciproquement, cette pression constante pour une justice expéditive fondée sur l’intime conviction policière, sinon le refus d’admettre le droit à un procès équitable, fut-ce au mépris explicite de la Convention européenne des droits de l’Homme ?

Ne nous y trompons pas. Le débat n’oppose pas deux corporations, moins encore le camps des répressifs à celui des laxistes. Il met en scène l’affrontement, jamais dénoué depuis la proclamation de la Déclaration des droits de l’homme, entre les promoteurs d’une justice pénale fondée sur le droit à la sûreté du citoyen et ses détracteurs, crispés sur les prétendues « nécessités de la répression » qu’il croient pouvoir opposer à la pensée pénale des Lumières.

Ne nous laissons donc pas duper par ces voix poussiéreuses qui nous serinent encore que la toute puissance des forces de l’ordre serait le prix à payer pour une répression efficace. Cristallisation et radicalisation de la violence, développement endémique du banditisme et pénétration mafieuse du système économique, tels sont les seuls effets, chaque jour plus perceptibles, de la politique pénale actuelle. Sur le terreau de l’arbitraire, ne fleurit que le crime.

Une réforme en profondeur de l’institution policière pour y bannir définitivement cette résistance persistance à l’ordre pénal républicain constitue donc un enjeu majeur d’une protection effective des libertés publiques et d’une Justice pénale efficace. Il revient à la Gauche la responsabilité historique de mener cette bataille.

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