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Droits de l’Homme

LE 6 janvier 2010 PAR Benoît Hamon - 1 COMMENTAIRES

Non à une loi de circonstance sur le port du voile intégral



Le porte-parole du Parti socialiste répondait mercredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Le PS "n’est pas favorable" à une loi interdisant le port du voile intégral en France, a indiqué Benoît Hamon au lendemain de la réunion hebdomadaire du bureau national de sa formation politique. "Si nous condamnons totalement la burqa et le port de la burqa nous pensons que plutôt que de faire une loi qui serait une loi de circonstance, il faut utiliser tous les instruments que nous propose le droit pour faire en sorte aujourd’hui que ces comportements soient condamnés quand ils sont encouragés", a-t-il dit.

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Benoît Hamon.

Benoît Hamon : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Le Parti socialiste, sa direction en a débattu hier soir : est-il ou non favorable à une loi réglementant le port de la burqa en France ?

Le Parti socialiste n’est pas favorable à une loi de circonstance. Dans cette affaire, on est confronté à une forme de dérive d’un certain islam et nous avons voulu rappeler un certain nombre de principes. D’abord, il ne revient pas à un Etat d’apprécier ce qu’est la bonne interprétation des écritures, sur ce qui serait dans le Coran ou pas dans le Coran, ce qui serait dans la Bible ou pas. Il y avait une très belle phrase d’Elie Barnavi, dans un livre qui s’appelait "Les religions meurtrières", qui disait : "On rentre dans les écriture avec ce qu’on est, on en sort avec ce qu’on veut".

On fait plutôt référence à l’ordre public. La burqa serait quelque chose qui perturberait l’ordre public qui pourrait poser des problèmes dans la vie sociale ?

Entre autres. C’est pour ça que nous avons, nous, voulu rappeler que nous nous prononcions en fonction de principes. Les principes, c’est l’égalité homme-femme, l’autre principe, c’est évidemment l’ordre public et ça justifie aujourd’hui à nos yeux que si nous condamnons totalement la burqa et le port de la burqa, nous pensons que plutôt que de faire une loi qui serait une loi de circonstance, il faut aujourd’hui utiliser tous les instruments que nous propose le droit pour faire en sorte, aujourd’hui, eh bien que ces comportements puissent être condamnés quand ils sont encouragés ; s’il y a une dérive sectaire, que la Milivude soit saisie de ces dérives sectaires, qu’on voit de quelle manière aujourd’hui, par les instruments que nous donne le droit aujourd’hui, on peut contribuer à ce que les femmes abandonnent la burqa mais qu’on ne fasse pas une loi dont on ne voit pas très bien comment elle serait appliquée et c’est la question qu’il faut poser à ceux qui sont favorables à une interdiction générale et absolue de la burqa :

1. - sur quel fondement juridique entendent-ils le fonder ?

et 2.- comment entendent-ils le mettre en oeuvre ?

Parce que si demain, on ne pouvait pas dans l’espace public, c’est interdit d’ailleurs devant les services publics, dans certains espaces commerciaux, mais dans l’espace public, porter la burqa, de quelle manière les forces de l’ordre arriveraient-elles à amener une femme à abandonner cette burqa, ne pousseraient-elles à retirer son voile ? C’est une vraie question. Quand on fait la loi, il faut savoir comment on l’applique.

Si une loi est présentée au parlement, les parlementaires socialistes ne la voteront pas.

Certes, pas de loi de circonstance. Nous ne voulons pas aujourd’hui nous inscrire dans cette logique-là.

Vous êtes d’accord avec Nicolas Sarkozy : pas de loi.

Lui, il dit qu’il est pour une résolution parlementaire si j’ai bien compris et qu’il ne serait pas défavorable à une loi si jamais...

Donc, vous êtes d’accord avec Nicolas Sarkozy ?

Mais nous, nous disons qu’il y a des instruments. Si demain, écoutez c’est très bien. Mais j’observe que le débat est dans la Majorité.

C’est dur à convenir que vous êtes d’accord avec Nicolas Sarkozy.

Et ce n’est pas si mal que ça ! Observez, aujourd’hui, que Nicolas Sarkozy revient à donner une position qui n’est pas très claire, il est pour une résolution mais peut-être pour une loi dans un camp politique qui, lui, est très divisé sur cette question. Le Parti socialiste, lui, a débattu, il a rappelé des principes. Nous sommes totalement opposés à la burqa. La burqa est une prison pour les femmes ; dans la République, elle n’a pas sa place ; mais une loi de circonstances n’aurait pas les effets escomptés.

Donc d’accord. Vous êtes d’accord.

Je suis sarkozyste !

Ah sur cette question, oui ; que voulez-vous que je vous dise ! Dans l’interminable débat sur l’identité nationale, Eric Besson a retenu une proposition parmi les 50.000 contributions reçues sur le site debatidentitenationale.fr faire chanter la Marseillaise lors des rencontres de 1ère division des championnats de France, des principaux sports. Vous êtes un amateur de football, si vous allez voir Lyon-Bordeaux, eh bien on chantera la Marseillaise avant le match ou bien PSG-Lille. Bonne idée ou pas ?

Non, écoutez, franchement d’abord, aucun intérêt. Aucun intérêt. Si le débat sur l’identité nationale qui a été particulièrement nauséabond...

Vraiment, vous trouvez ?

Oui je trouve qu’il a été nauséabond.

Il y a eu quelques expressions malheureuses !

Mais on n’a parlé que de ça ! Si des millions de Français se sont sentis visés, stigmatisés, la faute à qui ? A ceux qui ont organisé ce débat et de cette manière-là, sans pouvoir le maîtriser, ou en le laissant déborder parfois, et en feignant d’être surpris de ces débordements. Si aujourd’hui, le Président de la République parce que je pense que c’est une décision assez sage, a décidé lors de ses vœux, d’enterrer plus ou moins ce débat, c’est qu’il s’est rendu compte qu’il n’avait pas produit les effets politiques escomptés. Quels étaient les effets politiques escomptés ?

Agréger lors du vote des régionales, les électeurs Front national au vote UMP. Or, il est probable que ce débat tel qu’il a été conduit, ait davantage produit un sursaut du Front national qu’il n’ait agrégé l’électorat Front national au vote UMP.

Personne ne peut le dire ?

Bien, Personne ne peut le dire ? Les intentions de vote ? On laisse entendre aujourd’hui qu’il y a un retour du Front national. C’est peut-être pour ça et seulement pour ça d’ailleurs que le Président de la République a décidé d’enterrer ce débat.

Pour autant, est-il légitime de comparer Eric Besson à Pierre Laval, comme l’a fait le dirigeant socialiste Jean-Christophe Cambadélis, ou à Marcel Déat, comme l’a fait Jean Paul Huchon ?

Moi je ne veux pas condamner Jean Christophe Cambadélis. Je ne le condamnerai pas. Pourquoi ?

Donc, on peut comparer Eric Besson à Pierre Laval ?

Parce qu’il y a un climat qui est un climat tout à fait désagréable ; et tout à fait désagréable délibérément entretenu avec des amalgames par Eric Besson et par toutes celles et ceux qui se sont inscrits dans ce débat.

Pour autant, est-ce qu’on peut comparer un ministre de la république à un Premier ministre de la France qui a collaboré avec l’occupant nazi ?

On n’en est pas là.

Est-ce que c’est légitime ?

On n’en est pas là.

Donc, c’est une bêtise de comparer Besson à Laval ?

Ce n’est pas une bêtise, c’est peut-être un peu excessif, on n’en est pas là. Cela étant dit, aujourd’hui, Eric Besson porte une responsabilité éminente dans le fait qu’on creuse des tranchées entre les Français, entre nos compatriotes. Plutôt que de les rassembler, on les oppose.

C’est excessif, c’est une façon diplomatique de dire que c’est une bêtise !

Non, non, je ne dis pas, je vous répète : je ne pense pas que ça soit une bêtise.

Dans une vidéo largement diffusée, Julien Dray, qui a été un temps sous le coup d’une enquête préliminaire et finalement abandonnée par la Justice, critique plusieurs dirigeants socialistes assez durement. Que pensez-vous des propos de Julien Dray aujourd’hui ?

Je pense qu’on est en campagne électorale et en campagne contre la Droite, et en campagne avec un objectif : c’est que dans toutes les régions de France, on est des majorités de Gauche qui amortissent par leur politique sur la santé, par leur politique sur les transports, par leur politique dans le domaine éducatif, qui amortissent les conséquences sociales de la crise notamment ; et je pense que dans une campagne comme celle-là, Julien Dray est un militant dont l’énergie et le talent ont été appréciés ; moi je souhaite qu’il s’inscrive totalement dans ces combats, qu’il passe à autre chose et qu’il soit tout entier concentré sur l’objectif qui devrait être le nôtre, c’est-à-dire garder pour ce qui le concerne, pour ce qui me concerne aussi qui suis candidat dans les Yvelines, garder la région Ile-de-France à Gauche.

Il peut être candidat en critiquant ses copains ?

Ecoutez, la preuve ! Mais au Parti socialiste, la parole est libre ! Moi je souhaite maintenant qu’on passe à autre chose.

Une question simple pour terminer ?

Allez-y ! Mais je me méfie de vos questions simples.

Ah, elle est toute simple, je vais la lire, je l’ai écrite pour ne pas faire d’erreur.Martine Aubry serait-elle, selon vous Benoît Hamon, une bonne candidate du Parti socialiste à la prochaine élection présidentielle ?

Elle fait partie des bons postulants à cette élection, oui.

C’est votre candidate de cœur ?

Ah moi je l’aime beaucoup, Martine Aubry ; personne ne l’ignore. Je suis le porte-parole du Parti socialiste à ses côtés. Maintenant, on a une belle bataille à mener, et elle fait partie, en tout cas, de celles et ceux qui peuvent postuler avec, je crois, beaucoup de crédibilité parce que ce qui est important dans une élection comme celle-là, c’est d’y arriver avec de la crédibilité.

La question qui est posée aux postulants, c’est : vous sentez-vous capable d’être chef de l’Etat, d’un Etat asphyxié, d’un Etat aujourd’hui confronté à des difficultés sur le plan des inégalités sociales profondes, vous sentez-vous capable de cette mission qui pour la Gauche, sera une mission considérable, éprouvante probablement mais aussi extrêmement enthousiasmante.

Martine Aubry s’en sent-elle capable ?

Ah, il faut lui poser la question.

Vous lui avez posé la question ?

Non, mais je ne peux absolument pas répondre...

Vous lui avez posé cette question ?

Non, je ne lui ai pas posé la question comme ça.

Oui, bien sûr ! Ah, ah (rire)

Non. Mais vous lui poserez la question, invitez-là ; je suis sûr qu’elle fera ça avec plaisir.

Elle vient au Grand Jury le 17 janvier, donc on lui posera la question. Mais je voulais savoir si vous en aviez parlé avec elle ? Et Dominique Strauss-Kahn, ça serait un bon candidat aussi ?

Ah, il fait partie des bons postulants également.

Lui, ce n’est pas votre candidat de cœur !

Mais moi je n’ai pas d’opposition à Dominique Strauss-Kahn ; je vous le dis. C’est un homme d’Etat que je respecte, et je ne suis pas là pour distribuer les bons et les mauvais points. Je suis porte-parole du Parti socialiste, on en est en campagne des Régionales, je ne vais pas commencer à distribuer les bons et les mauvais points entre les postulants potentiels à une campagne dont je pense qu’elle se terminera par la victoire d’un homme ou d’une femme de Gauche.

Benoît Hamon qui était d’accord avec Nicolas Sarkozy dans cette interview.

Oui, c’est rare ! Au début, en tout cas !

Au début !... Qui a répondu à vos questions simples, peut-être un petit peu moins simplement. Mais enfin, on a quand même compris l’essentiel, merci.

1 Message :

  • forum
    claude Cadenel dit :
    6 janvier 2010 à 23:14

    Je suis membre du PS . Le Bureau a t il vraiment pris une position sur cette question ?, c’est à dire le droit ou le non droit de pouvoir circuler en dehors de lieux privés , le visage caché ou dissimulé derrière un vêtement . Comment va t on trancher les différents ? les crèches , les écoles , les services de police , la concierge etc ... C’est tout ça que le PS doit expliquer , il ne suffira pas de critiquer ceux qui ne sont pas de nôtre avis , et pour finir ,dans le respect total de la laïcité nous avons le devoir d’interdire ce que nous estimons contraire à la république .

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