Le 29 mars dernier, la culture était une fois encore dans la rue.
Depuis maintenant plusieurs années, les professionnels de la culture descendent régulièrement sur le bitume. Cela a commencé en 2003, au moment de la crise de l’intermittence. Souvenez-vous… À l’époque le MEDEF jugeant que ce régime, unique au monde et qui permet à de nombreux artistes de vivre, coûtait trop cher, avait proposé de changer le mode de calcul des heures donnant lieu à indemnités afin de sortir nombre de personnes du système.
Le 29 mars, c’est contre la réforme des collectivités territoriales que la mobilisation se tenait. Cette réforme, proposée par la commission Balladur prévoit la suppression de la clause de compétence générale. Or c’est au nom de ce celle-ci que nombre de mairies, de Conseils généraux et régionaux financent la culture. Et, compte tenu du désengagement croissant de l’État, ces financements représentent une part de plus en plus importante des budgets des théâtres, des compagnies, des orchestres… La crainte est donc grande pour beaucoup de professionnels de voir disparaître ces subventions.
Mais il y a un autre aspect à ce débat. C’est l’étranglement financier dont sont victimes les collectivités territoriales. En effet, notamment à cause de la suppression de la taxe professionnelle, leurs marges de manœuvre financières se rétrécissent. Elles ont alors la fâcheuse tendance à recentrer leurs dépenses sur ce qu’elle considèrent être leur mission première. La culture est ainsi rangée, à tort, au rang de l’accessoire. Certaines collectivités territoriales, comme le Conseil général du 93, ont, à juste titre, tiré le signal d’alarme sur ce point. Ce n’est donc pas qu’une histoire de gros sous qui se joue dans cette mobilisation. Les questions qu’elle soulève rejoignent nos préoccupations sur l’égalité territoriale dans le fonctionnement de notre république.
Du côté du gouvernement de droite, la situation est simple : c’est un désengagement systématique et régulier qui prévaut. Depuis 2007, Nicolas Sarkozy a annoncé la couleur : mise en place de critères de rentabilité pour les aides, baisse des financements globale et plus particulièrement sur les lignes de crédit concernant la transmission des savoirs et la démocratisation culturelle, abandon de l’éducation artistique à l’école, suppression de postes au ministère de la culture… la liste est malheureusement loin d’être close.
À gauche, le soutien de la création artistique et de la culture reste une priorité financière affichée par les socialistes. Et la montée en puissance des régions dans le financement de la culture depuis 2004 est largement due au fait que les exécutifs régionaux sont dans leur quasi exclusivité dirigés par le PS.
Cependant l’enjeu de la culture ne relève pas de son seul financement. Il s’agit aussi de déterminer quelle place on lui donne dans notre société. Comment prendre mieux en compte les pratiques artistiques dans leur diversité ? Comment faire participer le monde de la culture (professionnel comme amateur) aux décisions qui le concernent ? Comment éviter que le premier organisateur de concert en France ne devienne Live Nation, filiale d’un fonds de pension américain ?
Telles sont , en autres, les questions que la gauche doit se poser. Depuis plusieurs années, on constate que la demande sociale de culture est de plus en plus forte, alors que dans le même temps, elle semble avoir disparu du champ du débat public. Il serait temps qu’elle y revienne. C’est aussi l’un des enjeux des mobilisations en cours. La suite le 6 mai avec une prochaine journée d’action prévue par les syndicats.