Je voudrais juste faire trois remarques. La première sur le projet, évidemment, puisque nous sommes là pour en parler. Je pense que c’est un bon projet. Alors évidemment, c’est le résultat d’un compromis, chacune et chacun pourrait estimer qu’il manque du sel ou qu’il y a trop de poivre, ou qu’il n’y a pas exactement ce qu’il souhaitait, mais c’est un bon compromis parce qu’il a l’avantage de parler à tous.
Nous avons souvent eu, par le passé, un problème d’expression, de formulation politique, qui faisait qu’on parlait beaucoup aux bac +5 et aux bac +10, mais avec plus de difficultés aux bac tout court ou bac moins quelque chose. Et l’avantage de ce projet, c’est qu’il y a dedans des mesures qui, pour certaines et certains, peuvent apparaître comme étant simplistes, mais qui parlent à l’opinion publique.
Benoît me faisait la remarque -quand Laurent a dit que nos propositions étaient bien accueillies par l’opinion publique- que l’appréciation globale est moins bonne que l’appréciation mesure par mesure. C’est normal, c’est toute la place de la défiance qu’il y a aujourd’hui sur le politique : les gens se reconnaissent dans la mesure, mais globalement, ne sont pas totalement convaincus, et ils ont beaucoup de doutes et de suspicions.
Ces mesures, en apparence simplistes, parlent à l’opinion et nous avons maintenant la responsabilité de les faire vivre. Nous savons que ces mesures simples (les loyers, le plafonnement des salaires, la conférence salariale, l’ouverture sur la problématique d’une Europe ouverte mais pas offerte) peuvent tout de même répondre à ce qui est dans tous les esprits, surtout quand on parle de l’emploi aujourd’hui et qu’on va sur le terrain : à la protection que demandent une grande partie de nos concitoyens. Protection, oui, mais pas simplement par rapport à l’insécurité. Protection par rapport à l’avenir : aurons-nous une place ? Y aura-t-il de l’emploi ? Y aura-t-il encore la possibilité d’un modèle social, même s’il est moins efficient que celui que nous avons pu connaître ?
Bref, il nous appartient de faire vivre ces mesures-là et de développer dans les mois qui viennent des choses sans doute plus sophistiquées, plus compliquées pour les bac + 5 ou + 10, mais à partir de ces marqueurs. Parce que ce dont nous avons manqué, je le crois, dans des périodes antérieures, et je ne vais faire le procès de personne, c’est de marqueurs qui permettaient à l’opinion publique, dans son immense majorité, de se faire tout simplement une opinion sur le chemin qui était proposé.
Je crois que le projet à ce sens politique, et j’en remercie le fils et toutes celles et ceux qui ont beaucoup travaillé, parce que c’est impératif.
La deuxième remarque que je voudrais faire, qui n’a rien à voir avec le projet, c’est sur ce qui se passe aujourd’hui en Europe.
Mes chers camarades, je pense que nous ne sommes pas sortis de la crise. Je pense qu’en matière financière, tous les ingrédients d’une future crise sont toujours présents dans la réalité, qu’il s’agisse de la régulation financière (qui est à peine ébauchée mais pas mise en pratique), qu’il s’agisse des dark pools (les places sombres), qu’il s’agisse des places boursières ou des paradis fiscaux, qu’il s’agisse du volume de la bulle financière... il y a aujourd’hui 600 à 700 000 milliards d’OTC en circulation qui ne semblent préoccuper aucune de nos instances internationales chargées de veiller sur la bonne santé financière de la planète... Sur tout cela, je pense qu’on n’a pas progressé, et l’Europe n’a pas à ce jour résolu ses problèmes.
Alors je sais que ce n’est pas simple, parce qu’il y a d’abord la diversité politique des situations en Europe qui fait que certaines mesures financières qu’on pourrait trouver injustifiées pour des économies développées, comme la France, l’Allemagne, ne le sont pas pour d’autres régions européennes qui sont dans la panade. Je pense notamment à l’Europe du Sud.
C’est compliqué, mais par rapport à ces défis, il ne faut pas garder la tête dans le sable, et j’ai le sentiment qu’on continue, parmi nos responsables, parmi nos dirigeants européens, et je dirais presque toute étiquette confondue, quelle que soit leur orientation politique, à penser que ce que nous faisons sera suffisant. Mais je pense que ça ne le sera pas.
Je résumerai cela en disant : espérer que des pays, qui paient des taux d’intérêt de 5, 6 points, 10 points parfois pour la Grèce, et qui ont des taux de croissance inférieurs à 1 %, vont rembourser leur dette est un non-sens, et tout le monde le sait.
Par rapport à ce non-sens que tout le monde connaît, je nous encourage, après le projet, à continuer à travailler sur ces questions-là et à faire des propositions. Ce n’est pas simple, parce que nous ne sommes pas seuls, il y a le Parti socialiste européen et d’autres pays avec lesquels nous avons d’ailleurs déjà entamé des réflexions intéressantes. De ce point de vue-là, et Martine le sait, la réunion d’Athènes était intéressante par rapport à ce que nous avons connu dans le passé.
Je crois qu’il faut continuer, parce que l’une des raisons majeures de la défiance envers la politique, c’est le sentiment qu’a l’opinion publique, ou qu’ont les opinions publiques, de l’impuissance des politiques. Et l’une des raisons de l’impuissance des politiques, c’est quand même cette façon de garder la tête dans le sable et de faire comme si l’on faisait, alors qu’on sait que ce qu’on fait ne suffira pas.
Cela fait un mois, deux mois que certains d’entre nous savent que le Portugal va connaître des difficultés lourdes. Dans certains couloirs, on disait même « Le Portugal va tomber ». N’empêche qu’on a fait comme si cela n’arriverait pas. Les questions restent posées : celle de la restructuration de certaines dettes ; celle de la mise en place de mécanismes qui devraient mettre à l’abri aujourd’hui les gouvernements de la dictature des marchés, ou en tout cas de la prégnance des marchés.
La solution, on la connaît. On sait que c’est par la Banque Centrale Européenne qu’il faut passer, en lui donnant la possibilité -je n’irais pas plus dans les détails, je n’en ai pas le temps et ce n’est pas l’endroit- d’un accès direct à cette dette souveraine. C’est ce que font les Etats-Unis. Tant que ce ne sera pas fait, nous serons potentiellement, virtuellement dans l’impasse, et nous ne serons pas à l’abri d’une catastrophe.
Je nous encourage à continuer à travailler là-dessus, à ne pas hésiter à faire des propositions, certes en liaison avec nos camarades européens, mais aussi pour faire la démonstration que nous ne sommes pas dupes de ce qui se passe, et que nous ne serons pas une nouvelle fois surpris par ce qui risque d’arriver, qui est potentiellement quand même très fort. Je répète que je ne vois pas comment, avec les chiffres que nous avons sous les yeux, avec la réalité, puisqu’on est si attentifs à la réalité, nous allons sortir de la crise de l’euro. Je dis la crise de l’euro pour faire simple, y compris d’ailleurs cet euro qui remonte de façon fantastique, et qui, selon M. Trichet, va rendre le pétrole moins cher, mais qui, selon nos exportateurs, va porter un sacré coût à notre croissance. On ne sort pas de cet imbroglio, et on n’en sort pas, parce qu’on n’a pas la capacité de faire face à la réalité et d’avoir un certain courage.
Le dernier point que je voudrais évoquer, c’est ce qui est devant nous cette année. Chers amis, mes chers camarades, je pense que notre projet est une bonne base de départ pour nous, pour celle ou celui qui sera notre candidat, dont je tiens à dire ici publiquement ce que j’ai souvent dit en interne : j’espère qu’il sera engagé par ce projet. Je le répète : je ne crois pas à l’inspiration charismatique du grand chef ou de la grande cheftaine qui d’un seul coup, touché par la grâce, découvrirait les solutions qui s’imposent et que la réflexion collective n’a pas su discerner. Je n’y crois pas une seconde.
C’est un récit de droite, ça. Je m’excuse de le rappeler avec une certaine force, la théorie du chef qui sait et qui va mener les foules, c’est quand même pas tellement dans la culture de la gauche. Je sais bien que la médiatisation aujourd’hui impose un certain nombre de choses, mais de là à théoriser la chose, non, qu’on ne compte pas sur moi et, je pense, non plus sur beaucoup de femmes et d’hommes de gauche.
Ce projet, qui sera celui de notre candidate, j’insiste sur « notre candidate », et j’ajoute, par politesse, « ou de notre candidat », car il faut rester ouvert quand même... Ne fais pas semblant d’écrire, Martine... est une bonne base. Mais ce que nous allons vivre dans l’année qui vient, ce n’est pas la déclinaison du projet. Laurent y faisait allusion tout à l’heure, à sa manière, manière gaie et légère. Ce que nous allons vivre, c’est une séquence où N. Sarkozy -et même si la droite est divisée, ne nous faisons pas trop d’illusions, quand les moments deviennent difficiles, la droite a toujours su chasser en meute, elle a toujours su le faire, et elle se ressaisira, ne vous inquiétez pas- va essayer d’imposer ses thèmes. Nous avons déjà connu cela la dernière fois. Notre principale difficulté dans l’année qui vient va être de ne pas nous laisser imposer les thèmes que choisit la droite pour en faire le fond de la campagne électorale.
Ce n’est pas un petit exercice. Je pense que cela suppose de notre part d’abord une certaine vision stratégique de l’année qui vient, mais aussi une cohérence plus forte entre le Parti et entre les groupes parlementaires, Jean-Marc Ayrault et Jean-Pierre Bel. Je veux dire cohérence en anticipation, pas simplement le moment venu, parce que je crois que nous allons vivre cela.
Nous savons toutes et tous que la seule chance, comme l’a dit tout à l’heure Laurent, et je le pense tout à fait, de la droite, c’est nous. La seule chance de la droite, c’est nous. Ils l’ont compris d’ailleurs, mais on le sait aussi. Je parle du nécessaire rassemblement de la gauche, mais aussi de notre capacité à ne pas nous laisser déborder sur des sujets qui certes peuvent intéresser les Français, mais qui ne sont pas les nôtres, et sur lesquels nous ne sommes pas dans la meilleure position.
Nous allons devoir faire un effort constant pour revenir sur l’économie, sur le social, sur la sûreté, et je préfère le mot de sûreté à celui de sécurité. Il est un peu plus antérieur mais il est plus vaste dans sa conception parce qu’il implique aussi la défense des libertés publiques, pas simplement la sécurité par rapport à l’agression extérieure.
Ne pas nous laisser imposer cela, et ce sera un exercice compliqué pour lequel je lance un appel aux médias : aidez-nous ! Lorsque nous aurons des propositions à faire ou des sujets à mettre en avant, ne nous posez pas toujours la même question : « Que pensez-vous de ce qu’a dit N. Sarkozy ce matin ou hier matin ? » Aidez-nous à avoir un dialogue avec l’opinion publique sur des sujets qui l’intéresse.
Voilà, mes chers camarades, ce que je voulais dire sur ce projet et sur la période où nous sommes. Je sais bien que dans les esprits aujourd’hui une autre question domine ou va dominer dans les jours qui viennent. Évidemment, c’est une question que nous ne connaissons pas : « Qui, mais qui va être votre candidat ? Parce que vous l’avez tous entendu, même si les gens ne sont pas tout à fait convaincus, votre projet c’est bien mais tant qu’on ne saura pas qui le porte, cela reste quasiment un détail. ».
Non, ce n’est pas un détail. L’opinion publique est intéressée par ces propositions, elle sera sans doute passionnée par l’identification de notre candidate ou de notre candidat. Je crois que nous devons tenir bon. Nous avons su, et j’en remercie la première secrétaire, jusqu’à ce jour, tenir la stratégie qui avait été anticipée, tenir bon jusqu’au projet. Maintenant, il nous faut le faire vivre, et surtout ne pas se laisser imposer les thèmes que N. Sarkozy va essayer de mettre en avant pour sortir de la situation désespérée dans laquelle il se trouve.
Je ne lis plus beaucoup les textes du PS par écoeureurement. Tu restes le seul que je lis et qui représente tout ce que je pense de l’attitude à avoir. un projet des militants qui s’impose au candidat, Mais je ne crois pas du tout dans la désignation par un "collège de membres", qui pour moi sont intrumentalisés ou moyautés comme en 2006 par la droite, pour désigner notre candidat.
salut à toi qui à encore le courage de ne rien lacher.
gilles dano simple citoyen de base
Je suis d’accord avec l’analyse de HE sur la crise financiere ,l’insuffisance du role de la BCE,l’inconséquence des dirigeants européens.....
Nous devons porter le débat sur le terrain de l’économie ,améliorer notre projet ,le faire porter par notre candidat désigné
C’est pour cela que je présenterais à notre section de Rezé des amendements et contributions allant dans ce sens
Daniel LE GRILL,cadre de banquel