Mathieu Hanotin, député PS de Seine-Saint-Denis (photo Yann Mambert)

Tribune de Mathieu Hanotin « Ne laissons pas les habitants de Seine-Saint-Denis se détourner de la gauche »

Mathieu Hanotin, député PS de Seine-Saint-Denis (photo Yann Mambert)

Mathieu Hanotin, député PS de Seine-Saint-Denis (photo Yann Mambert)

Les résultats des élections municipales en Seine-Saint-Denis doivent être perçus comme un ultimatum pour toute la gauche.

En 2012, plus de 65% des électeurs ont voté pour François Hollande, 11 députés de gauche ont été élus sur les 12 circonscriptions du département. Et pourtant, depuis dimanche, en Seine-Saint-Denis, 20 villes sur 40 sont dirigées à droite. Six villes, et non des moindres, ont basculé : Bobigny, Saint-Ouen, Le Blanc-Mesnil, Livry-Gargan et Aulnay-sous-Bois et Villepinte.

Que s’est-il passé, en moins de deux ans ? Comment en sommes-nous arrivés là? Ce vote signifierait-il que la droite serait désormais mieux placée pour répondre aux attentes des habitants des quartiers populaires? Bien évidemment, la réponse est non. Tout ce que la droite a à offrir, c’est toujours plus de stigmatisation, de repli sur soi, de casse des acquis sociaux, de remise en cause des services publics.

ABSTENTION

Et pourtant, dimanche dernier, les citoyens des quartiers populaires nous ont signifié leur immense déception face à une gauche qui n’a pas su répondre à leurs attentes. Une fois de plus, mais dans des proportions encore plus grandes, les électeurs de Seine-Saint-Denis se sont massivement abstenus. A Saint-Denis, au premier tour, 58,5% des électeurs se sont abstenus. Ils sont aussi 56,8% à Stains, ou 52,5% à Sevran, à ne pas être allés voter.

Et pourtant une partie grandissante des catégories populaires a fait le choix de cette même droite lors des élections municipales. Cette situation s’explique par la perte de tout espoir en un projet collectif de changement. Elle traduit un vote de repli sur ses propres préoccupations individuelles. Autrement dit: si on ne peut pas tous s’en sortir alors je vais m’occuper de moi, ma famille, mes proches. C’est ce qui est en train de s’ancrer dans la tête d’un nombre de plus en plus important de nos concitoyens. C’est cette perte d’espoir qui est la plus dramatique pour la gauche.

A Saint-Denis, dans ma ville, près d’un quart de la population active et plus de 40% des jeunes sont au chômage. 15% de la population vit sous le seuil de pauvreté. En 2012, nous leur avons promis le changement. Nous leur avons promis que leur situation allait s’améliorer. Nous leur avons promis le retour de la justice sociale et fiscale. Tous avaient conscience que cela ne se ferait pas en un claquement de doigts. Mais tous avaient des exigences élevées, tant leur situation sociale s’était dégradée sous la droite et tant ils avaient été stigmatisés par Nicolas Sarkozy.

Je suis député d’un territoire qui concentre de nombreuses difficultés. En tant que député, je me suis engagé devant les citoyens de ma circonscription à agir pour défendre leurs intérêts, pour être le relais de leurs attentes, de leurs craintes, de leurs espoirs. Aujourd’hui, je suis le relais de leur colère. Les habitants de la Seine-Saint-Denis sont en colère parce que jusqu’à présent, nous n’avons pas été à la hauteur de leurs attentes.

Tous n’attendaient qu’une chose, le sentiment de repartir sur le chemin du progrès. Tous souhaitaient juste retrouver l’espoir de se projeter dans le futur en se disant: «demain sera meilleur qu’aujourd’hui».

JE DÉSAPPROUVE LA POLITIQUE MENÉE DEPUIS DEUX ANS

Je suis socialiste. Je suis membre de la majorité qui gouverne notre pays. Et je suis à ce titre responsable devant les citoyens de la politique menée par le gouvernement. Pourtant, aujourd’hui, je désapprouve les grandes orientations économiques qui ont été prises lors des deux dernières années.

Je désapprouve le choix de donner énormément aux entreprises sans exiger des contreparties. L’idée même de pacte implique des engagements réciproques. On l’a vu avec le CICE, les 20 milliards donnés aux entreprises cette année n’ont permis ni de faire diminuer le chômage ni d’augmenter les salaires.

Je désapprouve le choix de faire de la réduction du déficit l’alpha et l’oméga de notre politique. L’injonction qui nous est faite par la commission européenne de réduire le déficit budgétaire à marche forcée est non seulement inefficace car la réduction massive des dépenses entraîne une aggravation de la conjoncture et donc une augmentation du déficit du fait de la baisse des recettes. Elle est surtout profondément injuste lorsqu’il s’agit de faire peser le remboursement de la dette sur des catégories sociales défavorisées. C’est pour ces raisons que je m’étais opposé en octobre 2012 au traité budgétaire européen et que je n’avais pas soutenu la réforme des retraites à l’automne 2013.

Pierre Mendès France disait, comme l’a rappelé Manuel Valls, le nouveau Premier Ministre, «la Politique, c’est choisir». Et bien oui, aujourd’hui il faut choisir. Quelle est notre priorité? Répondre au diktat financier de Bruxelles et Berlin? Ou bien soutenir notre économie et créer de l’emploi? Manifestement ces deux options sont incompatibles dans la même temporalité.

RENDEZ-VOUS

N’oublions pas pourquoi nous nous sommes engagés à gauche en politique. Parce que nous voulons le progrès social pour tous en améliorant concrètement le quotidien de la population. Aussi, j’ai signé, le «contrat de majorité» pour réaffirmer nos engagements de 2012, ceux qui ont permis à la gauche d’accéder au pouvoir et ceux dont je me sens responsable devant mes électeurs. Nous avons manqué notre premier rendez-vous avec les Français.

Soyons au rendez-vous désormais pour redonner confiance aux Français, redonner confiance à nos électeurs, leur offrir l’avenir que nous avions promis lors des campagnes présidentielle et législative. Soyons au rendez-vous de nos engagements.

Soyons au rendez-vous pour que les enfants de la Seine-Saint-Denis aient enfin le service public d’éducation auquel ils ont droit, renforçons la présence des forces de l’ordre afin de garantir aux populations les plus fragiles le droit à la sécurité, engageons la lutte contre la pauvreté en relançant l’emploi et le pouvoir d’achat.

Il nous reste trois ans pour démontrer aux habitants des banlieues que leur voix est prise en compte. Trois ans pour retrouver la confiance de ceux qui nous ont placés aux responsabilités. Nous devons renouer avec les aspirations de l’électorat populaire. Entendons l’ultimatum des habitants de la Seine-Saint-Denis, dans 3 ans il sera trop tard!

Mathieu HANOTIN député PS de Seine-Saint-Denis

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