Elections Italie

Quelle sortie de crise pour les peuples européens ?

Par Roberto Romero
Secrétaire National adjoint au Commerce Extérieur, Vice-président de la région Ile-de-France en charge des questions internationales

Elections Italie

Déjà accablée par une situation économique aux conséquences sociales dramatiques – 3 millions d’italiens sans emploi, 12% de la population active au chômage – l’Italie se trouve à présent confrontée à un blocage institutionnel majeur.

Coincé entre les conditions inacceptables de Silvio Berlusconi et le blocage imposé par Beppe Grillo, le leader du centre-gauche Pier Luigi Bersani n’a pu rassembler une majorité pour gouverner l’Italie. Le pays est aujourd’hui dans l’impasse.

L’Italie comme symptôme de la situation européenne

La situation italienne est une conséquence directe de la crise économique dans laquelle l’Europe est plongée. Les politiques de rigueur et d’austérité chères à Angela Merkel ne conduisent pas au redressement espéré. Au contraire, elles se jouent au détriment des peuples et n’ont pour seul résultat que d’assombrir des perspectives déjà bien tristes.

Par ses orientations économiques, l’Union européenne entretient le scepticisme de populations déjà durement impactées. Et, lorsque les discours politiques n’évoluent pas et que les alternatives s’épuisent, c’est naturellement que les peuples se tournent vers des figures prônant le rejet du politique. C’est l’essence même de ces mouvements, qui naissent avant tout d’une frustration sociale et qui ne répondent à aucune véritable structuration politique, que de rassembler les mécontents de tous bords.

Aujourd’hui, les rapports de force s’inversent. Le ressentiment prend de l’ampleur, au point qu’un front du refus comme le Mouvement 5 Etoiles parvient à obtenir presque un quart des voix lors d’élections nationales.

Le parallèle sud-américain

La situation européenne actuelle n’est pas sans rappeler celle de l’Amérique latine des années 1990. Au sortir des dictatures, les pays sud-américains ont connu des alternatives démocratiques : démocraties chrétiennes, social-démocraties… Elles ont invariablement fait le choix de politiques économiques néolibérales, sous les auspices du Fonds Monétaire International. Le résultat de ces orientations économiques a été désastreux, atteignant son paroxysme avec l’effondrement de l’économie argentine en 2001.

Frappées par les crises économiques, les populations sud-américaines se sont alors organisées à travers divers syndicats professionnels et mouvements sectoriels : mouvement des sans terre, des sans logis, défense des intérêts des populations indigènes… Ces mouvements se sont progressivement constitués en organisations à revendications générales. Cela s’est observé au Brésil, avec les exemples du Parti des Travailleurs et du syndicat CUT, fondés aux débuts des années 1980. Des organisations similaires ont vu le jour sur tout le continent : Equateur, Bolivie, Venezuela…

Alors qu’ils étaient encore inexistants dans les années 1970, ces mouvements accèdent finalement au pouvoir au tournant du siècle, à l’image de Lula au Brésil en 2003. Cela s’est traduit par des résultats remarquables : les politiques de relance et de coopération mises en place ont permis le redressement économique, la chute du chômage et la baisse de la pauvreté, conduisant à faire de cette région un des ensembles les plus dynamiques du monde. A la base de ce redressement, une valeur simple : le partage des richesses.

La transformation progressive de ces mouvements sociaux en structures de gouvernement est en tout point remarquable. Tant et si bien que certains y voient un modèle et prônent leur transposition sur le continent européen.

Le spectre de l’extrême-droite

Persister dans des choix d’austérité et de contractions budgétaires, conduit l’UE à une situation semblable à celle de l’Amérique latine des années 1990-2000. L’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce, et maintenant Chypre, en sont les premières victimes.

Néanmoins, si en Amérique Latine l’alternative a pu se cristalliser sur les nouveaux partis progressistes, il en va différemment en Europe. S’il doit y avoir une alternative pour sortir de la crise socio-économique, elle risque d’y être davantage incarnée par l’extrême-droite.

Alors que le continent européen a souffert plus que quiconque des dérives extrémistes, on y constate un net regain des discours populistes et nationalistes ces dernières années : Jörg Haider en Autriche, Viktor Orbán en Hongrie, Silvio Berlusconi et la Ligue du Nord en Italie, les mouvements pro-flamands en Belgique et aux Pays-Bas… La France n’est pas épargnée : le Front national de Marine le Pen progresse de manière constante. A ce titre, les récentes législatives partielles organisées dans la deuxième circonscription de l’Oise sont alarmantes : opposée à un candidat UMP, la candidate FN a recueilli 48,6% des voix !

Aujourd’hui, les mouvements nationalistes européens tirent profit du malaise que suscite le contexte socio-économique et de la défiance grandissante vis-à-vis du monde politique. Le risque est donc de voir se généraliser en Europe l’expansion de l’extrême droite avant, éventuellement, que surgissent des alternatives de nature progressiste.

Ecouter les revendications des peuples européens

Le mouvement des Indignés avait déjà sonné comme un avertissement : le ressentiment des peuples européens ne peut être ignoré plus longtemps. En persistant dans la voie de la rigueur, l’Union européenne se met progressivement à dos nombre de ses citoyens, et fait le jeu de ses opposants.

Entre la surdité des uns et la colère des autres, il est à craindre que les fronts du refus se renforcent. Il y a un enjeu vital à considérer et intégrer les exigences des peuples afin de ne pas avoir à expérimenter un épisode tout à fait aventureux pour le continent européen.